Les « family offices », dans les coulisses de la gestion des fortunes des super-riches !

Illustration Les « family offices », dans les coulisses de la gestion des fortunes des super-riches !

Discrétion, prestige, montants astronomiques… bienvenue dans l’univers feutré des family offices, ces structures dédiées à la gestion des plus grandes fortunes mondiales. En Suisse, véritable eldorado pour ces élites financières, ces bureaux gèrent et font fructifier des patrimoines colossaux tout en préservant un secret absolu. Décryptage !

Un monde caché où le luxe est roi

« Vivons heureux, vivons cachés », c’est la règle d’or dans ce milieu. Les familles fortunées qui confient leurs avoirs aux family offices exigent un niveau de discrétion quasi inattaquable. Pas de présence sur les réseaux sociaux, pas d’interviews médiatiques. Selon Katja Mülheim, cofondatrice de Prestel & Partner, société organisatrice du Family Office Forum, cette confidentialité est essentielle : « Ils veulent simplement être protégés, surtout lorsqu’il s’agit de leurs enfants. »

Ce forum annuel, qui se tient dans des lieux emblématiques comme le Dolder Grand de Zurich, réunit des banquiers, gestionnaires de fortune, et autres experts en services ultra ciblés, comme la gestion des passeports ou l’optimisation fiscale. « Chaque événement accueille environ 100 family offices, et c’est volontaire : il est important de maintenir une atmosphère propice à créer des liens forts et durables », explique Katja Mülheim.

Mais derrière les sourires et les poignées de main, ce sont surtout des affaires juteuses qui se négocient. Avec l’explosion des grandes fortunes ces dernières années, le secteur est en pleine ébullition.

Multi ou single family office : deux modèles, un même objectif

Dans cet univers, deux types de structures dominent, à savoir les multi family offices, qui gèrent les avoirs de plusieurs familles, et les single family offices, dédiés exclusivement à une seule lignée. En Suisse, on estime qu’environ 250 à 300 single family offices supervisent près de 600 milliards de francs suisses. Mais impossible d’en savoir plus. C’est le cas de le dire, la transparence n’est pas de mise.

A Genève, Capitalium incarne parfaitement le modèle des multi family offices. Avec seulement quatre employés, cette société gère les actifs d’une trentaine de familles, pour un total d’un milliard de francs suisses. « A partir de 15 à 20 millions de francs, nous pouvons offrir un service adapté à une famille », explique Alain Zell, cofondateur. Mais pour monter un single family office, le ticket d’entrée est beaucoup plus élevé : plusieurs centaines de millions de francs sont nécessaires. A côté de cela, de nombreux réseaux peuvent atteindre des objectifs comparables aux family offices en mutualisant un grand nombre de sommes de plus petits investisseurs à l’instar de Prodemial, réseau créateur de valeurs. Sommes qui, regroupées, n’ont rien à envier aux fonds gérés par certains family office !

Une régulation à géométrie variable

Les multi family offices suisses sont régulés par la FINMA, l’autorité de surveillance financière du pays. En revanche, les single family offices échappent à toute réglementation. Pascal Saint-Amans, expert en fiscalité internationale, résume : « Si vous êtes riche et que vous gérez vous-même votre fortune, pourquoi auriez-vous besoin d’un régulateur entre vous et votre argent ? »

Mais pour Pascal Saint-Amans, le problème n’est pas tant l’absence de régulation que l’insuffisance de taxation. « La vraie question aujourd’hui, c’est de savoir si les super-riches paient leur juste part d’impôts. » Un sujet qui reste épineux, notamment en Suisse, où l’optimisation fiscale est souvent préférée à la transparence.

Bien plus que de la gestion financière

Au-delà de la gestion des portefeuilles, les services des family offices englobent des prestations dignes d’un film de James Bond : organisation de safaris sur mesure, acquisition de biens de luxe, ou encore recrutement de personnel de maison. Myriam Al Sayed-Duti, qui dirige une conciergerie de luxe à l’aéroport de Genève, le confirme : « Nous faisons en sorte que tout soit parfait, de l’arrivée du jet privé à l’organisation des moindres détails de leur séjour. » Avec 50 % de ses clients issus des family offices, cette conciergerie est un exemple de l’écosystème florissant qui gravite autour de ces fortunes. De la maroquinerie sur mesure à la gestion de collections d’art, rien n’est laissé au hasard pour répondre aux caprices des plus fortunés.

Un symbole de l’inégalité économique

Si les family offices incarnent l’ultra-luxe et la puissance financière, ils mettent aussi en lumière les inégalités grandissantes dans le monde. Alors que certains se battent pour boucler les fins de mois, d’autres disposent de structures dédiées à maximiser leur fortune tout en évitant les regards indiscrets. Une dualité qui alimente les débats sur la fiscalité des plus riches et le rôle de ces structures dans l’économie mondiale.

Entre secrets bien gardés et gestion d’actifs colossaux, les family offices restent l’illustration parfaite d’un monde parallèle, où l’argent n’a pas de limite et où le luxe s’accompagne d’un anonymat soigneusement préservé.